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pascal navarro

coopteur
Lionel scoccimaro

cooptée
pascal navarro


Marseille le 14/12/2000

Pascal Navarro

le pourquoi du choix de Pascal Navarro outre la qualité de son travail est d’abord celui du choix d’une personne discrète et réservée qui progresse sans faire de bruit et sans rien demander à personne. Il me semble être de ceux pour qui la timidité devient une valeur appréciable quand elle s’applique jusqu’à son univers professionnel.
Pascal développe ainsi un rapport aux autres qui m’est d’emblée apparu en complète contradiction avec le comportement des gens de sa génération qui commencent une carrière artistique et pour lesquels tisser des relations fini par devenir un mode de travail, allant jusqu’à faire de leur production un élément de second plan.
Lui pratique dans son coin, ne montre que très peu, et pourtant ses travaux marquent ceux qui les voient.

Pascal Navarro est photographe, il réalise des images étranges dont la facture oscille entre le bidouillage fait à domicile et la prise de vue sérieusement réalisée en studio.
C’est cet entre deux qui rajoute à son univers déjà ambigu un côté dérisoire presque grotesque dont on ne sait dès lors plus très bien si ce que l’on prend pour des maladresses n’est pas en réalité le point culminant de l’ironie qui berce ces saynètes.
Les personnages qu’il met en scène sont issus d’un monde qui nous est connu sans pour autant que l’on soit capable de le nomme, photographiés par Pascal, ils deviennent simplement les héros non identifiables de photographies dont la proximité avec l’imagerie publicitaire fait sourire. On s’étonne alors de la justesse des rapports d’échelle que cette confrontation met en évidence et l’on se prend à rêver de se baigner entre amis dans la vinaigrette d’un demi avocat ou de faire de la plongée sous marine dans un yaourt pour aller en explorer le fond chocolaté.
C’est dans ce micro univers qui s’articule autour des objets de notre quotidien (souvent alimentaire) que Pascal Navarro nous fait découvrir comment le banal peut s’enchanter grâce au presque rien et la modestie du propos renforce alors le pouvoir onirique et humoristique de ces images doucement étranges desquelles aucune dimension perverse ou grinçante n’émane. C’est un travail frais et sans prétentions grandiloquentes qui, au delà de la réflexion critique sur notre quotidien, apporte une part de bonheur à celui qui prend le temps de le regarder et d’en dégager la jolie absurdité.

Qui n’a jamais imaginé changer sa taille au centimètre pour tirer un meilleur parti d’une chose ou pour attribuer une nouvelle fonctionnalité à un objet?
Pascal réalise cela (pour lui même en premier lieu) avec une espièglerie proche de celle de l’enfant, qui s’enrichie de la justesse de son analyse des possibilités simples et efficaces de transfigurer le banal.

Lionel Scoccimaro