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Evelyn Otlieb

Installation Galerie Nikki Marquardt - Paris - 1997
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...Malgré tous les avantages et parfois les bienfaits qu'il procure le
caoutchouc n'est pas considéré comme une matière noble. On ne le
regarde pas, mieux, on feint de l'ignorer, puis on le jette lorsqu'il a fait
son temps. I1 existe dans les banlieues de vastes cimetières de
caoutchouc et dans les villes du tiers-monde des maisons et même des
immeubles en caoutchouc. I1 poursuit là, avec les plus pauvres, sa brève
mais intense existence. Serviteur jusqu'au bout. Oui, le caoutchouc est
un serviteur par nature. Tout l'y pousse, sa couleur noire ou grise, sa
plasticité, sa résistance limitée et sa robustesse fragile. Evelyn Ortlieb a
parfaitement compris le parti qu'elle pourrait tirer de ce matériau que
l'on peut tordre, découper, étirer, enrouler, plier à volonté presque sans
effort. I1 se prête avec d'autant plus de bienveillance à toutes ces
opérations qu'il est un peu caméléon et en sort transformé, parfois même
méconnaissable. I1 acquiert le statut de matériau noble en «oubliant» sa
fameuse élasticité. Enroulé ou tendu, il se dresse et se montre enfin dans
toutes les nuances veloutées de ses gris talqués. S'il sait être
naturellement soyeux, il peut aussi bien se montrer froid ou glacé. I1
peut même, dans la tension extrême, épouser, comme le cuir, les formes
qu'il couvre
d'une seconde peau. Mais le plus surprenant sans doute est l'étendue de
la gamme et la subtilité de ses réactions à la lumière: toutes de
discrétion, presque d'humilité et dans le même temps sans la moindre
concession à son être propre. Le caoutchouc, en effet, refuse toute
séduction inutile et facile. I1 se connaît bien et sait rester à sa place ou,
en d'autres termes, tenir son rang sans ostentation ni regrets inutiles. Ou
bien est-ce l'art d'Evelyn Ortlieb d'être parvenue à en tirer toutes les
possibilités pour ne l'avoir jamais privé de son identité ou affublé
d'autres vertus que les siennes ?Je veux dire d'avoir compris qu'il ne
fallait pas le peindre ou le mêler à d'autres matières plus nobles ou plus
chatoyantes. Chez elle, tressé ou sculpté, le caoutchouc reste toujours le
caoutchouc. Serviteur austère mais dévoué. Un hôte un peu sombre mais
que la conversation avec la lumière soudain éclaire puis anime jusqu'à
l'effervescence.
Jean-Claude Montel
(Extrait du catalogue de la galerie Tendances-1998)
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Photo D. Evrard
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1997 - Galerie Confluence - Nîmes
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Images et textes tirés du catalogue:
UNIVOQUE
© Editions NèPE
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